quand le visage perd sa face

Une génération d’artiste se trouve réunie ici, non sur la base d’affinités électives diffuses ou plus précisément encore d’une vision du monde commune, mais parce qu’elle partage un ensemble de gestes, d’actes qui, s’ils étaient appliqués à autre chose qu’à de la matière inanimée, susciteraient le scandale. (…) Un objet, plus précisément un sujet, concentre leurs attaques : le « visage », la « face », le « portrait », la « figure », selon les contextes, les registres où il/elle apparaît. Chacune de ces expressions suscite une dimension – l’apparence, la frontalité, l’identité, l’intangibilité de la forme – que vise ce geste commun à tous ces artistes, que j’ai choisi d’appeler défiguration. Défigurer, c’est percer le voile des apparences, affronter la personne en arrachant son masque, découvrir l’identité, déformer pour mieux connaître et sentir.

Pour dire ce qui ici se fait, nous avons invité des auteurs d’horizons divers, d’autres lieux dans lesquels la défiguration comme acte trouvait un sens : la littérature , la philosophie, l’anthropologie , le droit , la médecine , la critique d’art, la voix de l’artiste enfin. Sans prétendre tout dire, ces discours entrelacés aux œuvres donnent un nouveau ton, et peut-être même créent des harmonies nouvelles, étranges, où nous pourrons éprouver ce qu’il en est de nous, peut-être même ce qu’il en était bien avant ou ce qui pourrait en être si nous ne laissions pas à l’habitude, la chaîne de toute nos pensées et de tous nos actes, le soin de définir ce que nous sommes.

Olivier de Sagazan

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