Plissement. Le visage ? « Un cercle dans un cercle. Peut- être un enfer. Peut-être une conversion ». Surgi en 2000 sur la scène artistique, l’œuvre de Fabien Claude n’en finit pas de provoquer des malentendus. Les uns parlent d’Expressionnisme, les autres de Francis Bacon. Qui voit ce que cette peinture dit en réalité ? « Je travaille sur le thème du visage depuis plusieurs années. M’intéresse avant tout la peinture, le corps propre de la peinture, en dehors de tout modèle. Je considère la peinture, la matière peinture comme une charge de formes, de présences, de non-dit, sur le point de se réaliser en tant que formes effectives. La peinture est sujet d’elle-même ».
« J’ai travaillé sur le corps, dans cette poussée du sujet vers l’avant du tableau. Je pense que le corps est plus direct, plus accompli dans un sens jouissif de la peinture. Mais le problème n’est pas de dire pleinement mais de parler à partir d’une sorte de charge neutre : désirante dans un état presque de non désir. Resserrer le cadre autour du visage produit en peinture comme une sorte d’inversion, de retrait dans le sens d’un creux désir ».
« Mon projet : repérer une frontière. Non pas proclamer la fin de la peinture, mais peindre à partir de ce deuil de la peinture. Dire, peindre à travers toutes ces présences un vide de présence, un vide de peinture. Montrer qu’il y a lieu aussi de dire l’absence. À bout d’histoire, sortir de la narration pour porter témoignage d’une rumeur de silence ».
« Un visage se plisse pour exprimer autre chose qu’un visage. Je crois qu’il y a encore cette possibilité de plisser la peinture elle-même, de plisser l’ombre sous les plis du visage. Ce que ne dit pas la peau d’un visage est dit par une autre peau, une autre nudité (la peinture) « .
Françoise Monnin – Azart hors série numéro 11