artension

 » Les tressaillements du huis clos »

Il n’y a pas de peinture plus fine et plus aigue, plus sensible et plus délaissée que celle de Fabien Claude. Dépassée, la distinction figurationabstraction, quand la peinture est mise à nu par les traces corporelles qui résistent à la disparition de toutes les inutilités picturales. La peinture abandonnée s’abandonne à l’absence des surfaces. Fabien Claude creuse dans l’impensable, comme s’il profanait la fin des temps, et tous les silences de l’univers. Comme si rien ne pouvait exister que les tressaillements déjà disparus de la vie. En peinture éperdue, aride, éphémère et sublime…”

christian noorbergen

les peintres de l’agonie

Ils sont apparus il y a une dizaine d’années en France, dans la lignée des expressionnistes historiques du début du XXe siècle, des artistes de l’Ecole de Londres, Bacon en particulier, à la suite de plus anciens, tels Rustin, Music, Nitkovsky. Certains ont rencontré le succès, d’autres créent dans les antichambres de la notoriété ou dans l’incognito. Ils sont nombreux, hommes et femmes, soutenus par de jeunes galeries d’art et de nouvelles revues. Ils sont surtout peintres et sculpteurs, parfois performers, parfois installationnistes, mais de toute façon s’en réfèrent à la tradition. Pourquoi s’intéresser à des peintres à l’heure de l’Art conceptuel et multimédia ? Pourquoi ces artistes-là, sombres, violents ? Parce que les plus ardents, les plus authentiques proposent un sens à travers les médiums traditionnels de la peinture et de la sculpture. Parce qu’ils jettent leur existence sur la toile, ses failles, son questionnement, et ses corps de chair et de peinture. Un essayiste devait sans tarder se pencher sur cette mouvance qui n’a pas encore de nom, si particulière à la France jusqu’ici rebelle à l’expressionnisme malgré Van Gogh, Gauguin, Rouault, Soutine, Fautrier, Music, Vlaeminck. Et tenter de comprendre ces artistes tragiques dans une époque et une société d’aujourd’hui, apparemment opulente et optimiste.

quand le visage perd sa face

Une génération d’artiste se trouve réunie ici, non sur la base d’affinités électives diffuses ou plus précisément encore d’une vision du monde commune, mais parce qu’elle partage un ensemble de gestes, d’actes qui, s’ils étaient appliqués à autre chose qu’à de la matière inanimée, susciteraient le scandale. (…) Un objet, plus précisément un sujet, concentre leurs attaques : le « visage », la « face », le « portrait », la « figure », selon les contextes, les registres où il/elle apparaît. Chacune de ces expressions suscite une dimension – l’apparence, la frontalité, l’identité, l’intangibilité de la forme – que vise ce geste commun à tous ces artistes, que j’ai choisi d’appeler défiguration. Défigurer, c’est percer le voile des apparences, affronter la personne en arrachant son masque, découvrir l’identité, déformer pour mieux connaître et sentir.

Pour dire ce qui ici se fait, nous avons invité des auteurs d’horizons divers, d’autres lieux dans lesquels la défiguration comme acte trouvait un sens : la littérature , la philosophie, l’anthropologie , le droit , la médecine , la critique d’art, la voix de l’artiste enfin. Sans prétendre tout dire, ces discours entrelacés aux œuvres donnent un nouveau ton, et peut-être même créent des harmonies nouvelles, étranges, où nous pourrons éprouver ce qu’il en est de nous, peut-être même ce qu’il en était bien avant ou ce qui pourrait en être si nous ne laissions pas à l’habitude, la chaîne de toute nos pensées et de tous nos actes, le soin de définir ce que nous sommes.

Olivier de Sagazan