galerie lillebonne

galerie Lillebonne

musique de François Guell


L’exposition dont il est question aujourd’hui m’a permis de découvrir un artiste peintre de Metz, Fabien Claude.

Quand je me suis approchée de la Galerie Lillebonne, en venant de la place Saint-Epvre, j’ai entraperçu des toiles de l’exposition représentant des corps nus et décharnés sur des croix. Je me suis dit que cela n’allait pas être bien gai. J’ai eu un peu peur, pour être tout à fait honnête. Et puis je suis entrée, j’ai pris d’autres tableaux en pleine face et je suis restée coite.

D’un point de vue purement plastique, les œuvres de Fabien Claude sont très belles. Les couleurs sombres sont admirablement traitées car les toiles restent lumineuses. Le noir n’est pas ombre ou ténèbres, il est densité.

Ce qui m’a subjuguée, c’est l’exécution obsessionnelle d’une même figure, toujours plus déformée, toujours plus effacée. Cela m’a fait penser à un (mauvais) rêve qu’on refait chaque nuit, qu’on essaie de restituer mais que la mémoire tord dans tous les sens. Il y a dans les œuvres de Fabien Claude présentées à la Galerie Lillebonne cette part d’inconscient qui nous échappe, terreau fertile de l’onirisme et du mythe cathartique.

Comme il est bon de ne pas se fier à son premier regard parfois, de ne pas rester dans sa zone de confort ! Cela permet de faire, comme ici, d’agréables découvertes.

La petite araignée (site)


Les deux noms d’une frontière


les deux noms d'une frontière

Les deux noms d’une frontière

Livre paru aux éditions Jacques Flament

L’humain n’est ni dans la peinture ni dans l’écriture, mais à cette limite qui possède les deux noms d’une frontière.

La peinture excède son croissant, sa mutilation, son éclipse. La mort de la peinture n’est pas une découverte, doit être complétée en excès par une face cachée, un dehors.
Il ne sera donc question, dans ce texte, que de ce qui est impossible à la peinture, impossible à sa mort : son visage.

ISBN : 978-2-36336-294-0
PAGES : 316
FORMAT : 145×200
PARUTION : 01/2017
COLLECTION : Figures
PRIX : 20 €

Editions Jacques Flament

éclipses

ÉCLIPSES, ANATOMIES PAR TEMPS DE NUIT – YVON CANOVA

La nuit enfin. Elle est sans lune, sans astre. C’est le désastre qui, plus qu’il ne l’éclaire, est cet éclat en elle inachevé. Le peintre accouche d’une nuit dont il livre à la fois le déchirement et l’éclat. Fragments d’abîme cette nuit est conçue pour accoucher du jour. Rapée jusqu’à l’os, toujours au même endroit, elle est faite pour endurer des naissances.

Editions Jacques Flament

l’humanité

Exposition l’humanité à Lausanne

Poèmes et récits de la nuit (extrait)

L’absence est la résidence, Le cachot de lumière. L’être n’est pas dedans. Il n’est pas dehors. L’être est la résidence. Il (se) hante. Celui qui hante, s’éprouve dans une place qui ne lui est pas accordée. Son corps est cette place dont sa chair est la blessure. Il réside, en chair et en os, hors les murs, dans un rejet qu’il déplace avec lui où qu’il aille. Chez fabien Claude la précarité affirme. Elle met la présence en tenaille. 

La peinture de Fabien Claude est une peinture de l’interstice, de l’entre. L’être s’impose à partir de son retrait, de son inaptitude à habiter l’espace. Généralement, il existe entre la créature et l’espace où elle se meut, une osmose. La, il n’en est rien.  Le personnage entretient un rapport impassible à l’espace.

Il brûle dans une aire qui ne lui concède rien, mais qu’en échange il ne se lasse pas d’ouvrir. Il n’y a pas d’amitié entre eux.  La figure est une déflagration, un déchirement d’espace. Comme le sexe féminin est une rupture dans l’opacité du corps hermétique humain, la figure déflore la surface, elle créer en elle la perspective inoubliable de son repli projeté, de sa blessure saignante et stagnante. Car le corps est un saignement, une ecchymose issue des coups que la peinture lui porte. 

Dans l’œuvre de Fabien Claude, les concepts sont impliqués dans le ravage sans précédent qu’ils subissent, dans l’orage du retrait qu’ils endurent. Cette peinture possède la dureté sans compromis des concepts.

Yvon canova

artension

Les tressaillements du huis clos

Il n’y a pas de peinture plus fine et plus aigue, plus sensible et plus délaissée que celle de Fabien Claude. Dépassée, la distinction figurationabstraction, quand la peinture est mise à nu par les traces corporelles qui résistent à la disparition de toutes les inutilités picturales. La peinture abandonnée s’abandonne à l’absence des surfaces. Fabien Claude creuse dans l’impensable, comme s’il profanait la fin des temps, et tous les silences de l’univers. Comme si rien ne pouvait exister que les tressaillements déjà disparus de la vie. En peinture éperdue, aride, éphémère et sublime…”

Christian Noorbergen

quand le visage perd sa face

Les questions portent en soi déjà un contenu. On pourrait presque s’en tenir là, à cette lecture, dans sa forme de réponse interrogative.

Que regardent tes personnages, si tant est qu’ils puissent encore voir quelque chose à travers la gangue visqueuse qui semble entourer leur visage ?

Rien. Le noir mat d’une pure acuité, sans objet à voir. S’il y a regard, et que ce regard se donne à voir, c’est pour montrer aussi que des yeux pleins de ce noir ne sont pas des yeux aveugles. Qu’il y a un rien voir, au delà de l’interrogation du regard; une sorte de neutralité qui à sa manière, sans vouloir violer cette nuit sur quelque chose à saisir en son fond, donne juste profondeur à ce rien.

Cette « gangue visqueuse », autrefois, on appelait ça, le masque sacré.

C’est quoi cette encre noire qu’ils habitent ?

Est-ce leur créations intime , ou est-ce leur niche écologique naturelle ?

Ce noir d’encre, comme tu le qualifies, c’est lui qui ici même nous fait écrire en devenant l’objet d’une autre sorte d’acuité.

Ce noir n’est pas seulement un habitat, ou en tant qu’habitat c’est lui qui me permet d’envisager la présence elle-même comme un seuil. Le rapport n’est pas entre un lieu et son habitant, mais entre un lieu et son seuil.

Tu es forcément conscient de cette même image prototypique que tu reproduits sans cesse, sorte d’attracteur étrange qui t’obsède !

Que cherches tu par cette inflation du « même » ?

Il ne s’agit pas là d’un prototype, mais d’une identité particulière, d’une identité de peinture, d’une fidélité par la peinture à ce qui en tant que personne ne peut être nommé, mais qui s’entend à répondre au regard, non à cet appel que lance le nom.

Une identité, un corps de peinture qu’appelle le regard.

Je crois aussi que la peinture par ce retour au même se questionne sur ce qu’est, non pas la nudité d’un corps, mais sur cette invariable que serait une nudité de peinture, c’est à dire son creux, sa cavité, sa première question questionnée à son tour dans une sorte de jeu de miroir. Ce que dévoile en fait la peinture, c’est le côté « opposition du même » du questionnement.

Je pense aussi que la répétition est une manière de déjouer le calque, de marquer entre deux toiles cette intimité ou petite différence par laquelle la peinture peut encore s’ouvrir à un sens possible.

Chercherais tu à la rogner au point de percer l’image en son fond le plus intime ?

Que sens tu poindre par derrière ?

Je pense que cette question n’appelle pas de réponse, qu’elle est pertinente en tant que question, mais qu’il n’y a pas lieu d’en jouir, que ce trou n’est pas objet de désir, mais accueil d’une charge neutre, qu’une parole dans cette vide résonance ne peut commencer qu’à partir d’elle-même et se poursuivre à sa manière, c’est à dire presque sans voix, dans une forme de gris prononcé. Ou pour dire ça autrement, ce qui est derrière, ça doit rester une question. Il y aurait illusion à vouloir dire ça, la trame de la trame, ce sens fait d’usure. 

la défiguration en art (avant propos)

Une génération d’artistes se trouve réunie ici, non sur la base d’affinités électives diffuses ou plus précisément encore d’une vision du monde commune, mais parce qu’elle partage un ensemble de gestes, d’actes qui, s’ils étaient appliqués à autre chose qu’à de la matière inanimée, susciteraient le scandale – littéralement, les feraient trébucher pour sombrer dans le mal et entraîneraient la réprobation collective. Un objet, plus précisément un sujet, concentre leurs attaques : le « visage », la « face », le « portrait », la « figure », selon les contextes, les registres où il/elle apparaît. Chacune de ces expressions suscite une dimension – l’apparence, la frontalité, l’identité, l’intangibilité de la forme – que vise ce geste commun à tous ces artistes, que j’ai choisi d’appeler défiguration. Défigurer, c’est percer le voile des apparences, affronter la personne en arrachant son masque, découvrir l’identité, déformer pour mieux connaître et sentir.

Pour dire ce qui ici se fait, nous avons invité des auteurs d’horizons divers, d’autres lieux dans lesquels la défiguration comme acte trouvait un sens : la littérature (Pierre Bergounioux, ), la philosophie (Ronan de Calan), l’anthropologie (David Le Breton), le droit (Yves Mausen), la médecine (Bernard Duchauvelle), la critique d’art(Pacôme Thiellement, Christian Noorbergen), la voix de l’artiste enfin.

Sans prétendre tout dire, ces discours entrelacés aux œuvres donnent un nouveau ton, et peut-être même créent des harmonies nouvelles, étranges, où nous pourrons éprouver ce qu’il en est de nous, peut-être même ce qu’il en était bien avant ou ce qui pourrait en être si nous ne laissions pas à l’habitude, la chaîne de toutes nos pensées et de tous nos actes, le soin de définir ce que nous sommes.

galerie grand rue

Exposition à la galerie Grand Rue

Carton d'exposition à la galerie Grand Rue

Cadavre ou spectre, liquide et sèche, la peinture n’est plus qu’une signature contresignée par la récupération de sa dépouille. 

fabien claude